Œufs hors cage : la RHD à la croisée des chemins

Malgré des tarifs à la hausse et des tensions sur les approvisionnements, la filière de la RHD renforce son engagement à fournir des œufs hors cage, bien-être animal oblige. C’est ce qu’il ressort du deuxième baromètre de l’association Anima, qui a scruté deux maillons essentiels, les grossistes et les sociétés de restauration collective.
Des œufs sur de l'herbe
@123RF Blacksun

Les œufs sont, avec le poulet, le grand gagnant du moment. Chaque Français en consomme 237 par an, soit une hausse de + 1,4 %. Alors, à l’heure où le bien-être animal devient une attente forte, la filière montre patte blanche. Selon le CNPO, Centre national de promotion de l’œuf, les poules pondeuses ne sont plus que 23 % à être élevées dans des cages, soit 10 points de moins en 5 ans. Les 77 % autres évoluent en plein air (32 %), au sol (26 %), en bio (13 %) ou en label rouge (6 %). Bref, de l’amont à l’aval, tout le monde a suivi ce chemin… Et si la RHD y était longtemps à la traîne par rapport à la grande distribution, elle rattrape doucement son retard.

Un retard qui se résorbe… inégalement

Si le secteur de la RHD a longtemps joué les spectateurs, c’est que le rôle est dense et les contraintes réelles. Avec des marges limitées, des volumes importants à gérer, le surcoût des œufs hors cage (entre 10 et 50 % selon les sources et le type d’élevage) pèse lourd dans les comptes d’exploitation, a fortiori dans un contexte d’inflation persistante. Ce qui n’empêche pas, depuis 2025, d’observer un engagement accru des acteurs, comme le souligne la deuxième édition du baromètre Anima France sur le sujet.

Qui figure dans le peloton de tête des grossistes ?

Comme le rappelle le président des Grossistes alimentaires de France, Jacques Déronzier, « les grossistes alimentaires prennent pleinement leur part dans cette transformation. Le rapport 2026 d’Anima montre une dynamique engagée : des progrès significatifs sont réalisés par plusieurs entreprises, avec des feuilles de route structurées et des avancées concrètes vers une offre d’œufs hors cage ». De fait, sur les treize grossistes scrutés par l’association pour le bien-être animal, sept ont pris une longueur d’avance. Avec en tête de liste Marly Distribution, qui propose déjà exclusivement des œufs hors cage. Derrière lui, Pomona, à 73,5 % sur 2025, devrait arriver aux 100 % en novembre 2026. Suivent ensuite Transgourmet (47 % en 2025) pour 2027, Metro (35,9 %) et Sysco pour l’année suivante et Back Europ France et France Frais pour 2029. Ça, c’est pour ceux qui ont établi une feuille de route… Celle que devraient sortir très prochainement Promocash, Even Distribution (Réseau Krill et Capella) et UNL. De son côté, Pro à Pro vise 90 % d’œufs hors cage d’ici 2029, et 100 % hors marchés contraints. Quant à Disgroup, il n’a pas fourni de données, mais il partait de loin avec 9 % d’œufs hors cage en 2024.

Les SRC qui font bouger les lignes

Parmi les clients de ces grossistes, les SRC font elles aussi bouger les lignes. Sur les 14 analysées par Anima, cinq ont déjà basculé vers le 100 % hors cage : Sodexo, Api Restauration, Restalliance, Restoria et SHCB. Juste derrière, Compass, Vitalrest et Newrest sont très proches de l’objectif. Et les autres ? A l’instar d’Elior, Convivio, Serenest, Dupont Restauration et Mille et Un repas, elles « poursuivent leur transition selon des trajectoires clairement définies », souligne Isabelle Aprile, directrice générale du SNRC, Syndicat national de la restauration collective. « Cette évolution témoigne de l’engagement collectif de notre profession à faire progresser durablement ses pratiques ».

Quelles perspectives entre l’engagement et les conditions de marché ?

Si les engagements de ces maillons de la filière RHD sont forts, il reste encore du chemin à parcourir. Certains espèrent que la Commission européenne, sous la poussée notamment de l’initiative citoyenne End the Cage Age, présente en 2026 une proposition de loi pour interdire l’élevage en cage dans toute l’UE, ce qui accélérerait le mouvement. En attendant, en France, pays d’Europe qui compte le plus de poules hors cage, le CNPO vise 90 % d’élevages alternatifs à l’horizon 2030. C’est faisable mais ça ne se fait pas en un claquement de doigts. Il va falloir massifier les investissements, non seulement pour convertir des élevages en cage mais aussi pour bâtir des élevages alternatifs puisqu’il faut 6 millions de poules pondeuses supplémentaires par an pour satisfaire la demande ! Il va falloir aussi que l’aval sécurise ses approvisionnements via des contrats pluriannuels car il n’y a pas suffisamment d’œufs alternatifs pour tout le monde à court terme. Et que la tension sur les prix s’accentue… Selon les indices RNM, les œufs coquille plein air (cours grossistes HT – restauration collective) ont pris 70 cts les 100 pièces entre novembre 2025 et avril 2026 ; les œufs au sol ont pris plus d’un euro et les œufs liquides plus de 50 cts !

Une marge d’amélioration plus forte sur les ovoproduits

En parallèle, il faut aussi porter les efforts sur les ovoproduits. La marche y est plus haute, puisque le hors cage est minoritaire, à 42,3 % en 2025. Il n’empêche, la transition est lancée. Malgré les obstacles, la dynamique doit s’amplifier… Pour des résultats qui pourront être jaugés dans la 3ème édition du baromètre Anima, en 2027.

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